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Commune de Toussiana : Un maire plutôt ‘’abattu’’ par la déliquescence de la société burkinabè

mercredi 25 avril 2018

Parti à sa rencontre dans le cadre de sa rubrique ‘’Vie de commune’’, Lefaso.net a plutôt eu affaire à un maire de Toussiana insurgé, à la limite, abattu par l’état de déliquescence de la société burkinabè. Siaka Ouattara, ce jeune assureur, plus pragmatique qu’idéologique, acteur social que politique, va, au-delà de la vie de la commune de Toussiana et de son Conseil municipal, passer au peigne fin la situation de la société burkinabè. Comme pour dire qu’aucun développement local n’est envisageable dans une société nationale embarquée dans la dérive. Dans cet entretien réalisé en cette soirée de lundi dans l’enceinte de sa Mairie, nous nous sommes finalement résolus à lui laisser notre dictaphone pendant environ deux heures pour ‘’se vider’’, cherchant parfois en vain des ‘’mots justes’’ pour exprimer ce qu’il ressent au plus profond de son âme. Entretien avec Siaka Ouattara, maire de la commune rurale de Toussiana.

Commune de Toussiana : Un maire plutôt ‘’abattu’’ par la déliquescence de la société burkinabè

Lefaso.net : Comment pouvez-vous nous présenter globalement la commune de Toussiana ?

Siaka Ouattara : La commune de Toussiana est située dans la partie ouest de la province du Houet (dans la région des Hauts-Bassins) sur la route nationale 7 (RN7), précisément à 55 kilomètres de Bobo-Dioulasso et à une trentaine de kilomètres de Banfora. Elle est entourée des communes de Béréga, de Kourougnon, de Péni et de Tiéfora. Elle compte environ 16 mille habitants (selon les projections du dernier recensement général en 2006). Elle est habitée majoritairement par des Toussians, mais également par des Peulhs, des Samblas, des Bôbô, des Dagaris, des Mossés et bien d’autres.

Lefaso.net : Qu’est-ce qui fait l’identité de votre commune, Toussiana ?

Siaka Ouattara : C’est une localité qui a beaucoup de potentialités, une commune qui, au-delà de sa position géographique, se présente comme le vergé de la capitale économique, Bobo-Dioulasso (voire du Burkina) ; du fait de la forte production de mangues, de l’anacarde et d’autres fruits. Si fait que nous comptons, à ce jour, une dizaine d’unités de transformation de mangues, appelées « séchoirs », avec une unité de transformation de beurre de karité bio installées dans la commune. Certaines de ces unités emploient plus de 400 personnes et constituent, de ce fait, une très forte main-d’œuvre pour la commune. En plus de cela, nous avons un barrage où la maraîcher-culture y est pratiquée (même si cette année, on a des difficultés liées à l’ensablement du barrage). La zone est aussi réputée pour son élevage, surtout dans les villages éloignés du chef-lieu de la commune. Ce sont autant d’éléments qui font à la fois l’identité et la force de la commune.

Lefaso.net : Outre ces aspects … ?

Siaka Ouattara : On a la culture du coton, qui était très développée, mais qui perd du terrain en faveur d’autres cultures. Toussiana a également une teneur importante en carrière, qui fait également son identité. A titre d’exemple, sur les sites de relogement des populations déguerpies du barrage de Samandéni, les logements ont été construits avec la carrière extraite dans la commune de Toussiana. Les briques rouges sont aussi prisées et des gens quittent Bobo-Dioulasso et d’autres localités pour venir en chercher pour leur construction (c’est beaucoup apprécier). Vous verrez que la majeure partie des maisons à Toussiana sont construites avec ces briques rouges (pierres rouges). Ce sont donc des sources économiques pour les populations. Outre cela, la culture de la canne à sucre a un impact important sur la vie des populations. La main-d’œuvre de la SN SOSUCO était également constituée en grande partie de jeunes de Toussiana.

Nous avons aussi ces rôniers, qui servent à faire du ‘’bandji’’ et à tisser des paniers et autres objets utilitaires.

Lefaso.net : Toussiana, c’est aussi son côté culturel, n’est-ce pas !

Siaka Ouattara : Effectivement, c’est vraiment magnifique, et comme vous le dites, on a beaucoup de manifestations culturelles dans la commune. Tout de suite, nous venons de boucler avec le FESCUT (Festival culture Toussiana), qui est une manifestation qui retrace un peu comment se faisaient les mariages, qui fait ressortir l’historique des masques et qui montre comment se faisaient les circoncisons, etc. Ce sont des moments très forts et sur ce plan, Toussiana a beaucoup à montrer à la face du monde. Au cours de ces différentes activités, on essaie de faire la promotion des instruments de musique Toussian ; ce qui permet aux plus jeunes de pouvoir découvrir et de se familiariser avec ces instruments. Tout ceci vise à pérenniser cette richesse culturelle pour les transmettre aux générations à venir. Nous avons également une grande fête des masques, mais qui est célébrée chaque 50 ans (la dernière fois que ça s’est passé, nous étions tout-petits). Toussiana, c’est aussi son balafon (qui s’identifie partout où il résonne). Hormis cela, nous avons d’autres initiatives de promotion culturelle telle que « Toussiana vacances cultures » qui se tient chaque année. C’est pourquoi, aujourd’hui, une de nos principales préoccupations est d’avoir une Maison de la culture pour pérenniser ces acquis. Cela va permettre non seulement de pérenniser la culture par l’apprentissage continu des jeunes, mais également de mieux la promouvoir à travers le monde (étant actuellement dans un monde plus ouvert, cela peut aussi permettre de conjuguer tradition et modernité). Un autre aspect de Toussiana, méconnu du public, c’est le tourisme. C’est une commune qui abrite de grands sites touristiques cachés (comme des gravures rupestres, des falaises et bien d’autres).

Lefaso.net : Mais en attendant …, quelle est votre politique de promotion de tous ces atouts ?

Siaka Ouattara : Effectivement, ça nous tient beaucoup à cœur. Mais, la réalité au niveau des collectivités territoriales, ce sont les moyens très limités ; ce qui ne permet pas vraiment d’agir de façon conséquente dans certains domaines-clés. Qu’à cela ne tienne, nous essayons de faire avec les moyens à notre disposition. Sur le plan touristique par exemple, nous faisons en sorte que nos amis et partenaires qui sont de passage dans la commune puissent effectuer des visites sur ces sites. Cela permet à ces derniers, non seulement de découvrir cette richesse, mais également d’être, à leur retour, des ambassadeurs pour ces destinations. Il y a aussi des initiatives qui sont développées à l’interne pour permettre aux populations d’inscrire ces destinations dans leurs habitudes.

Lefaso.net : Revenons à la production de la mangue, dans laquelle Toussiana est réputée. Quelle est la situation réelle aujourd’hui, arrive-t-on à maximiser sur la transformation ?

Siaka Ouattara : Effectivement, l’exploitation de toutes ces potentialités n’est pas aussi importante. C’est vrai qu’aujourd’hui, l’accent est mis sur les fruits (il y a plein d’acteurs qui sont engagés dans des unités industrielles à travers le séchage des mangues), mais il y a une grande quantité de mangue qui reste inexploitée. Nous avons plein d’unités de séchage à Toussiana, mais ça reste insuffisant. Notre combat aujourd’hui, c’est de parvenir à absorber la mangue produite dans la localité. Vous verrez des vergers à perte de vue, mais ce qui est transformé de la production actuelle ne dépasse pas 15%. C’est un gâchis. Selon une étude qui a été faite à ce sujet, cette situation est liée entre autres à l’inaccessibilité de certaines zones, à l’insuffisance d’unités de transformation. Cette année par exemple, on dit que la mangue a beaucoup donné, le prix a chuté ; conséquence, ce sont des mangues qui vont pourrir aux mains des producteurs. Nous sommes en train de chercher des partenaires pour l’installation d’autres unités de transformation qui vont faire de sorte que la transformation soit complète (que rien de la mangue ne soit jetée ; jus, mangue séchée et que le noyau et les épluchures soient transformées par exemple en aliments pour bétail et en de l’engrais naturel). Sinon, à l’heure actuelle, il y a vraiment un gâchis, car non seulement pas plus de 15% de la production est transformée, mais également pas la mangue dans son entièreté.

Lefaso.net : On a vu des localités qui étaient spécialisées dans certaines productions, mais à force de ne pas trouver des circuits d’écoulement, elles ont fini par tout abandonner. Ne craignez-vous pas qu’à un moment donné, votre localité perde son lustre dans la production de la mangue ?

Siaka Ouattara : Effectivement ! Mais pour le moment, on note que chaque année, il y a la création d’unités de transformation, de même que de nombreux vergers. Et ce, malgré les difficultés liées à la filière. Nous continuons à encourager les producteurs dans ce sens, même s’il faut aussi reconnaître que la production de l’anacarde est en train de gagner également du terrain (si fait que des paysans tendent à privilégier cette dernière). Mais, l’un dans l’autre, ce sont les acteurs qui gagnent.

Lefaso.net : La commune de Toussiana a aussi produit de grandes figures politiques… !

Siaka Ouattara : Effectivement, il faut dire que Toussiana est une commune-mère, qui a produit beaucoup d’intellectuels pour le pays. Cela tient au fait que les prêtres sont arrivés très tôt dans la commune, ont construit des écoles. A ce jour, le Collège moderne a formé de nombreux cadres burkinabè. Quand vous prenez les indicateurs dans l’éducation, vous verrez qu’avec même son statut de « commune rurale », Toussiana dépasse beaucoup de provinces. Nous avons plus d’une dizaine de collèges et lycées ; ce qui nécessite un centre de baccalauréat dans la commune. Beaucoup de communes migrent vers Toussiana pour scolariser leurs enfants. Vous avez même des élèves qui viennent de Ouagadougou et partout d’ailleurs.

Lefaso.net : Tout cela devrait aujourd’hui être une richesse pour Toussiana !

Siaka Ouattara : Effectivement, on peut toujours souhaiter que tous ceux qui ont fait des études à Toussiana pensent de temps à autre à la commune. Ne serait-ce qu’offrir de temps en temps des cahiers, des stylos…, ça pouvait vraiment aider le secteur de l’éducation. Pour les filles et fils de la localité, c’est nécessaire ; parce que la décentralisation veut dire que chacun doit mettre du sien à la base. Si tous les ressortissants avaient mis la main à la patte, je vous assure qu’on allait faire notre propre PNDES (référentiel national de développement, ndlr) et le chef-lieu de la commune serait une des villes de référence du Burkina. En plus, il y a la diaspora ; voyez-vous la Station Total (située à l’entrée est de Toussiana-centre), elle a été construite par un fils de Toussiana travaillant en Côte d’Ivoire. Ce dernier a beaucoup apporté à la construction de Toussiana, comme bien d’autres également. Dans le même esprit, je demande à toutes les diasporas d’œuvrer pour nous accompagner. Le maire n’est qu’un représentant. Aussi, l’Etat ne peut tout faire, il appartient aux populations à la base de se mobiliser pour prendre en main leur développement. Il y a l’exemple récent d’une association…, qui regroupe des ressortissants de la commune de Toussiana à Bobo-Dioulasso et à Ouagadougou, qui nous a envoyé dix matelas et une importante quantité de médicaments pour leur centre de santé. Ça, ce sont des actes citoyens qui sont à saluer. Et cet exemple doit inspirer. Nous avons également un de la diaspora, Eric Ouattara, qui nous a apporter des médicaments au Centre médical sans oublier cette responsable d’entreprise qui a renouvelé les pneus de l’ambulance (cinq pneus neufs) et aussi l’association des policiers ressortissants qui nous ont doté en drapeau, fauteuil directeur pour commissaire et bancs et bien d’autres choses que je ne saurai tout citer, de peur d’en oublier. C’est cela aussi le sens de la décentralisation.

Lefaso.net : Mais, que fait aussi votre équipe pour mobiliser les ressortissants dans ce sens ?

Siaka Ouattara : C’est vrai…, je ne souhaiterais pas finir mon mandat sans rencontrer les ressortissants vivants tant dans des localités du pays que des diasporas. Nous comptons leur présenter ce que nous avons déjà fait, ce qui est en cours et les perspectives. Nous sommes prêts pour cela car, c’est ensemble que nous sommes forts. Rien que la semaine dernière, nous en avons discuté. Il nous faut une conjugaison des forces et la contribution de tous aux actions de développement de la localité. Chacun, quel que soit là où il se trouve. Voyez-vous, l’ambulance était en panne, pour presqu’une année ; parce que sa réparation nécessitait beaucoup de fonds. Pendant ce temps, il y avait un énorme besoin en évacuation sanitaire. Mais, que faire, à partir du moment où la gestion ne relève pas de la commune ? Vous constaterez que beaucoup d’ambulances sont en panne dans les communes, mais les Conseils municipaux n’y peuvent rien…

Lefaso.net : La réparation est donc du ressort de l’Etat ?

Siaka Ouattara : Même si ce n’est pas l’Etat, ce sont les COGES (Comités de gestion des centres de santé, ndlr) qui devraient en être garants. Mais aujourd’hui, avec la gratuité des soins, ça devient très difficile, (la réparation de notre ambulance coûtait environ deux millions ; ce que le COGES ne peut pas supporter). Quand c’est ainsi, les populations se tournent vers la Mairie (qui n’a pourtant pas de ressources transférées pour cela). Avec l’incivisme fiscal, les recettes propres n’arrivent même pas à couvrir le fonctionnement des mairies. A plusieurs reprises, mon adjoint et moi avions sorti de l’argent de notre propre poche pour payer du papier rame pour faire fonctionner des machines de la mairie (vue que notre état civil est mère des actes civils des communes de Péni, de Kourignon avant la communalisation intégrale, elle est donc beaucoup sollicitée). C’est pour dire qu’il est nécessaire que tous mettent la main à la patte. Mais souvent, c’est la mauvaise information ou la mauvaise organisation ou même une compréhension erronée des choses qui joue négativement sur la mobilisation des ressources humaines et financières. C’est une des difficultés des communes. C’est pourquoi, nous avons également en perspective des sorties d’échanges avec les ressortissants. Stratégiquement, Toussiana dépasse même certaines provinces en termes d’accueil de populations émigrées (nous comptons plus de 5000 personnes venant d’autres localités pour des raisons d’école, d’enseignement et de main-d’œuvre dans les unités de séchages, rien que dans le chef-lieu de la commune). Ce sont des réalités qui doivent être prises en compte aujourd’hui dans le transfert des ressources.

Lefaso.net : Voulez-vous appeler ici l’Etat à tenir compte de la taille des populations dans le transfert des Fonds et non du statut classique des collectivités ?

Siaka Ouattara : Effectivement, il faut que l’Etat tienne compte de cette réalité. Par exemple, ici, le fait qu’on ne tienne pas compte de la taille de la population émigrée dans le transfert des ressources empiète sur la politique des compétences transférées. Les partenaires financent les communes par rapport à la taille de la population, mais ne tienne pas compte du flux humain. Il faut donc que les modalités de transfert soient liées aux indicateurs. Toussiana a un centre de Baccalauréat, cela devra quand même tiquer les décideurs ! Nous avons une quinzaine de lycées et collèges (et même deux autres sont en construction) ; ce qui dépasse certaines provinces. Lorsqu’on parle de transfert de compétences, on doit donc voir le niveau d’évolution des communes, ce que ça implique. Il faut que l’Etat tienne compte de ces données. Je suis à la tête de la commune, il y a un peu moins de deux ans, mais je mesure les difficultés en la matière ; il y a une pression qui ne dit pas son nom, au niveau sanitaire, sur le plan éducation.

Lefaso.net : Quelle est votre capacité de mobilisation des ressources internes ?

Siaka Ouattara : Nous avons beaucoup d’unités de séchage de mangues et dans d’autres domaines, qui sont des sources de recettes. Si réellement tout le monde s’acquittait de ses devoirs fiscaux, les recettes allaient vraiment croître. Aujourd’hui, les recettes propres se situent entre 30 et 50 millions. Au regard des potentialités dont regorge la commune, on peut dire que ce n’est pas bon. Surtout lorsqu’on sait que les ressources moyennes pour répondre un tant soit peu aux besoins de la population est estimée à plus de 100 millions. Il y a donc un fossé. Réellement, les maires des communes rurales souffrent. Pire, on a suspendu les lotissements. Or, la compréhension au niveau des zones urbaines et celle des zones rurales est différente. Ici, nous avons un nouveau lotissement non attribué. Mais, tellement les gens ont attendu…, le paysan qui a récolté sa production, a eu son argent, a besoin de construire progressivement. Pourtant, on a bloqué des gens pour dire de ne pas construire. Cette situation entraîne des fraudes (des gens construisent dans les nouveaux lotissements, sans autorisation). On a tenté de faire arrêter les gens par la police, mais ils contournent (et quand c’est comme cela, on dira que c’est le maire qui autorise, alors que lui-même est dans des difficultés). La question des lotissements est un blocage que l’Etat doit vite lever. Il ne faut pas que nos dirigeants se contentent sur les cas de Bobo et Ouaga et ignorent les autres localités. Quand on parle de logements sociaux, le paysan peut-il payer une parcelle viabilisée des sociétés immobilières ? Non ! Le paysan veut une parcelle sur laquelle, il pourra construire progressivement, en fonction de ses moyens. C’est tout cela qui a bloqué l’économie aujourd’hui. On dit que l’argent ne circule pas, comment peut-il circuler ? L’argent ne peut pas circuler, parce que les canaux de circulation sont bloqués.

Aujourd’hui, tu donnes parcelle à quelqu’un, il va prendre un maçon, qui lui, à son tour, va chercher des manœuvres, ces manouvres vont aller manger chez une restauratrice, qui va aller payer du riz chez le boutiquier de la commune, ce boutiquier va se rendre chez son grossiste, etc. C’est comme cela qu’on fait circuler l’argent. On nous dit que les lotissements envoient des problèmes… Mais, c’est l’homme qui affronte les difficultés ! On ne peut pas faire des aménagements sans difficultés. Non ! Mais, il faut trouver les voies et moyens pour faire face aux problèmes et les résoudre. Même avec la SONATUR, il y a eu des problèmes sur la question. Il faut donc faire face au problème avec volonté et bonne foi. Un ange ne va pas descendre pour résoudre ces questions. Je profite vraiment de cette occasion que vous m’offrez, pour interpeler l’Etat à se réveiller très tôt ; parce que la colère des populations à l’interne sera plus violente que celle des fonctionnaires qui manifestent. On ne pourra pas contenir les choses quand ces populations vont se lever. Et ça, l’alerte est déjà là et l’Etat doit très vite prendre la mesure de la chose.

Chaque jour, le gouvernement donne l’espoir qu’il va lever la mesure, les gens attendent, les difficultés s’accumulent, les frustrations s’enflent. De jour à jour. Voilà pourquoi, je saisis vraiment cette occasion pour m’appesantir sur la question ; parce que nous vivons l’expérience, on sait ce qui se passe. Nous avons échangé avec des propriétaires terriens et on sait ce qui se passe.

Lefaso.net : Pendant ce temps, les loyers semblent grimper … !

Siaka Ouattara : Mais…, ça fait peur. L’Etat ne mesure pas la gravité de la chose. L’Etat doit regarder très vite. Moi par exemple, une maison que j’ai prise à 15 000 francs (en 2012, à Bobo) et aujourd’hui, nous sommes passé à 30 000 francs. Avec ça, l’Etat ne veut pas que les non-lotis prolifèrent. C’est faux ça ! L’Etat avait indiqué qu’il allait revoir les contrats de bail. Une situation qui n’est pas arrivée à terme non seulement, mais qui a poussé les bailleurs à faire grimper le prix des loyers. C’est comme si l’Etat lui-même avait aggravé les choses pour ses populations. C’est cela aussi qui rend la vie chère et dure à supporter pour nos fonctionnaires. Donc, l’Etat a intérêt à revoir très vite les choses. Pour des difficultés à Bobo et Ouaga, qu’on ne soumette pas toutes les autres localités aux mesures de suspension des lotissements, qu’on permette aux communes qui n’ont pas de problèmes de pouvoir répondre aux attentes des populations pour aller au développement. Toussiana a eu la chance d’avoir des lotissements depuis 1999.

Mais, il y a des communes profondes qui n’ont pas encore cette chance. Je fais partie du bureau de l’AMBF des Hauts-Bassins, et à ce titre, nous avons effectué des sorties dans les communes. C’est lamentable, quand vous voyez certaines communes…, un véritable blocage. Certes, il y a des efforts au niveau de l’Etat, mais il y a des questions qu’il ne faut pas qu’on néglige. Je félicite certes son excellence Roch Kaboré, un président hors père dans l’humilité, la simplicité et très engagé pour la cause de son peuple dans la douceur, mais il faut qu’il soit véritablement regardant vers la basse classe que sont les communes rurales. Ça ne coûte rien au gouvernement de faire des visites inopinées pour demander par exemple le prix des loyers à Bobo et Ouaga, essayer de comprendre le prix des loyers, le comparer au standing et au coût de construction. Nous (maires) sommes-là réellement pour accompagner la politique du gouvernement, mais ils (décideurs) doivent savoir que leurs potentiels électeurs, c’est l’ensemble des populations (tous les Burkinabè). Si on ignore cela, malgré les efforts, la majeure partie des Burkinabè seront dans la frustration. Donc, il faut que le gouvernement ouvre l’œil à temps, sinon, ce sera trop tard ; parce que quand les populations vont se lever, ce sera chaotique pour le pouvoir. Je ne dirais pas que nous sommes en retard (c’est certainement pour bien faire qu’ils en sont jusqu’à ce jour, mais il est plus que temps maintenant de lever la mesure de suspension).

Lefaso.net : Ce volet risque donc de saper les efforts du régime !

Siaka Ouattara : Sans doute. Et ce sera dommage, parce qu’il y a de nombreux efforts qui sont consentis. En moins de deux ans, le nombre de CEG par exemple qui ont vu le jour dans la commune est de quatre à cinq ; le nombre de forages est aussi important. Il faut donc féliciter le gouvernement et ses partenaires pour ces accompagnements. Mais, il faut ouvrir l’œil, parce qu’il y a des questions majeures qui angoissent les Burkinabè.

Lefaso.net : Il y a une rationalisation à faire, à votre avis ?

Siaka Ouattara : Il faut que le Burkinabè sache qu’on ne peut pas gérer le pouvoir, à quelque niveau que ce soit, avec du mensonge. Il faut que les Burkinabè soient intègres. Je demande aussi aux Burkinabè d’avoir l’amour, l’un pour l’autre ; parce que le rythme du pays fait peur. Nous sommes dans une démarche de revanche, et à cette allure, on ne peut que cultiver, entretenir et léguer l’esprit de vengeance à nos enfants. Or, dans un pays comme le Burkina, sans ressources naturelles et très loin de la mer, si on n’y prend garde, on sera un jour dans le chaos.

Lefaso.net : D’où l’impératif de mettre fin à la culture de la haine et de la vengeance !

Siaka Ouattara : Pardonnons-nous. Que ce qui doit être réglé par la loi soit régler par la loi. Il faut qu’on se fasse aussi confiance, un tant soit peu. Si nous allons rester dans cet esprit revanchard, que feront nos enfants ? Il n’y a plus de logique dans ce pays, l’autorité est bafouée. C’est lamentable. Nous devons, jeunesse, nous lever et prendre notre responsabilité pour réinstaurer l’autorité de l’Etat. Ce doit être dans les gestes quotidiens de chacun. Nous sommes en train d’amorcer un changement et il faut que ce soit la société elle-même qui change de façon de voir et de faire les choses. Si nous voulons faire le mal pour nous venger, on ira d’échec en échec. Et nos enfants, et petits-enfants… ? Ce sera une vraie honte pour notre génération.

Lefaso.net : Pourtant, il y a eu un grand sacrifice déployé par les devanciers pour le pays … !

Siaka Ouattara : Il y a eu un grand sacrifice. Nos chemins de fer ont été bâtis par nos grands-parents, c’est pour cela aujourd’hui on convoie facilement des marchandises de la Côte d’Ivoire au Burkina et vice-versa. Mais, cela a été possible au prix du sang de nos grands-parents. Nous, nous avons aujourd’hui la chance d’avoir des facilités avec l’évolution technologique et autres, mais c’est la jalousie, l’égoïsme à outrance et la méchanceté qui alimentent aujourd’hui le cœur des jeunes. Ce n’est pas du tout une bonne chose. On ne veut pas être sous le soleil, on ne veut pas faire d’effort, on veut tout ; tout de suite et maintenant, etc. On ne veut pas seulement tout de suite un travail, mais un travail, une villa, une voiture de luxe. Non ! Ce n’est pas comme cela les choses se font. Sachons une chose : si nous ne développons pas l’amour entre nous, si nous n’abandonnons pas la méchanceté, la jalousie, ce qui s’annonce ne va pas être bon avec nous tous. Jusque-là, Dieu est avec nous.

Mais, si on ne s’en rend pas compte, si on n’y prend garde, personne ne va échapper : ni corps habillés, ni dirigeants, ni populations lambda…, on va tous regretter. Mais, les Burkinabè semblent ignorer l’histoire récente à côté ; en Côte d’Ivoire, il y a eu combien de milliers de morts ? Nous sommes un pays qui, grâce à certaines valeurs comme la parenté à plaisanterie, est, jusque-là, parvenue à tenir. Mais, quand l’ennemi va réussir à briser ces liens, à creuser le fossé…, jusqu’à ce que le Toussian va s’attaquer au Dagara, le Mosso au Samo, le Bisa au Gourounsi, le Bôbô au Peulh, etc.., c’est ce jour-là que, réellement, ce sera le chaos pour le Burkina.

Lefaso.net : L’impression est que les indices de ces valeurs dont vous faites cas semblent montrer le mauvais signal !

Siaka Ouattara : C’est grave, les indices montrent qu’on est sur la mauvaise pente. Est-ce que moi, mon fils et le fils du Dagara, connaissent leur tradition respective, à même de comprendre que c’est à cause de tel ou tel autre aspect de notre tradition qu’ils ne doivent jamais se bagarrer ? Non. Il faut valoriser la culture... La culture doit servir à pérenniser la parenté à plaisanterie, la cohésion sociale, elle devait être redynamisée dans nos localités ; il faut organiser des fêtes inter-parentés à plaisanterie. La commune de Toussiana et celle de Gaoua devraient se retrouver dans des foras où on expliquera comment la parenté à plaisanterie est arrivée…. C’est en cela que les gens vont comprendre la portée des valeurs et nous allons les léguer aux générations à venir. Mais non, aujourd’hui, on se croit intellectuel, or nous sommes des hommes égarés, sans le savoir. C’est très dangereux et malheureux. J’ai vraiment mal à la tête quand je vois certaines choses.

Nous sommes tous Burkinabè, si on doit attiser le feu pour faire tomber des Burkinabè, si on doit attiser le feu pour mettre d’autres Burkinabè en danger, en difficultés, si on doit mettre notre énergie et imagination pour détruire d’autres Burkinabè…, c’est le comble des malheurs. Dieu nous recommande d’aimer notre prochain comme nous-mêmes. Dieu a dit qu’il a créé ton prochain à lui son image ; autant avoir donc peur de faire du mal à ton prochain pour ne pas faire du mal à lui, Dieu. C’est cela les gens ignorent. Notre prochain, ce n’est autre que nous-mêmes et nous-mêmes, c’est Dieu. C’est pour cela Dieu dit que là où il y a trois personnes, il est parmi. Qui connaît physiquement Dieu ? Personne ! Mais nous sommes des représentants de Dieu (que ce soient musulmans, catholiques, protestants, animistes…), il faut qu’on ait ce symbole de considération. L’autre doit être moi-même, de sorte que si je ne suis pas capable de prendre un couteau placé sur mon doigt, le couper sans gémir, que je le fasse à l’autre. A plus forte raison tuer mon semblable, le détruire. Ne pouvons-nous pas vivre, si on ne fait pas du mal à notre prochain ? Ne pouvons-nous pas vivre tant qu’on ne vit pas le malheur de l’autre ? Ne pouvons-nous pas vivre sans essayer de détruire notre semblable ? C’est malheureux.

Aujourd’hui, on a aucun repère. Prenez les réseaux sociaux, ça s’insulte, ça insulte les grandes personnes, les personnalités…. C’est tout cela qui fait aujourd’hui que les élèves frappent leurs enseignants, descendent le drapeau, bafouent toutes les valeurs. On bafoue tout. Plus de civisme. On doit revenir pied sur terre, rechercher des valeurs individuelles et communes. Qu’on ne se sente pas plus heureux et avantageux parce que l’autre est malade ou mort. C’est cela l’intégrité du Burkinabè d’avant. Les travaux d’intérêt public…, que tout le monde ait cette envie de faire quelque chose pour tout le monde. C’est cela être Burkinabè. Aujourd’hui, les gens crient le nom Thomas Sankara partout et à tout bout de champ. Mais, si on dit qu’on va inculquer une valeur qu’a prônée Thomas Sankara à la société d’aujourd’hui, les gens vont se révolter.

Donc, de grâce, que les gens laissent l’âme de Thomas Sankara se reposer. Si on n’a pas pu accepter le système de développement à l’amiable, ce n’est pas le système de développement de Thomas Sankara, là où on doit enlever cravate et veste pour descendre sur le terrain pour travailler, qui va être accepté. Or, c’est cela qui faisait la particularité du Burkina…Vraiment, on a trop perdu…. Aujourd’hui, le Rwanda qui nous a copié sur plusieurs plans, nous a dépassé et ce pays va jouir de son intégrité. Aujourd’hui, si tu dis à quelqu’un d’aller à l’heure au travail, tu verras ce qu’il va donner comme réponse. Non, on ne résout pas des problèmes en refusant de travailler, au contraire, on en rajoute. Nos façons de revendiquer même doit être éduquée et encadrée. Si on ne peut admettre un pays sans syndicalisme, force est de reconnaître qu’il va falloir éduquer certains syndicats dans leurs façons de faire les luttes. Oser ne pas travailler pour sacrifier l’avenir de nos enfants, c’est dommage. Chaque Burkinabè, dans tout acte qu’il pose, doit s’interroger si son patriotisme doit lui permettre de poser cet acte sans préjudice aux autres. Aujourd’hui au Burkina, chacun se saisi de sa portion de pouvoir pour détruire, faire du mal. C’est un véritable cinéma à l’infini.

Lefaso.net : Il y a du travail à faire …

Siaka Ouattara : Regardez nos communes, supposées être le point de départ du développement, pour les recettes, les gens (le trésor) quittent Bobo pour faire le recouvrement à Toussiana. Tout simplement parce que les communes n’ont pas compétences à percevoir certaines taxes. Et avec ça, on veut que les recettes internes augmentent. Et avec ça également, on parle de décentralisation. Non ! Une décentralisation où ce sont les problèmes qui sont reléguées aux communes ! Il y a des taxes que les communes ne peuvent pas percevoir, même si elles ont un régisseur. Non ! Il faut qu’il y ait des outils techniques spécifiques, il faut revoir l’organigramme des communes, pour que celui-là qui doit payer ses impôts le fassent sans se casser la tête, sans faire de longs déplacements. Mais hélas ! C’est comme si on prônait le développement et son contraire. Il faut rendre aussi performantes les institutions publiques ; que X soit là où pas, l’institution ne doit pas être bloquée. Que des gens ne prennent pas plaisir à bloquer le fonctionnement des institutions parce qu’ils disposent de portion de pouvoir. Au Burkina, c’est vraiment de la pourriture organisée. Je suis d’une entreprise privée et là-bas, les gens sont à leur poste à 7h 30 et descendent à l’heure indiquée. Comme cela, on s’étonne que des institutions privées brassent des milliards. Ce n’est pas sorcier, c’est le respect des heures de travail, la ponctualité, le respect des engagements, c’est l’organisation, etc.

Lefaso.net : Cela doit être de mise au niveau du public, voulez-vous dire ?

Siaka Ouattara : Il y a beaucoup de choses à rattraper à ce niveau, sinon c’est grave. Il faut créer un véritable dynamisme de valorisation du patriotisme, de l’intégrité humaine. Il va falloir valoriser les compétences nationales. Nos sociologues, par exemple, doivent être capables d’encadrer la société. Il y a beaucoup à faire dans la construction de notre société ; ce qui se passe est très inquiétant et malheureux. Il y a des Burkinabè qui souffrent et on doit avoir pour souci de travailler à soulager leur souffrance. Il y a des communes dans lesquelles, en ce mois d’avril, si vous offrez un bidon d’eau à quelqu’un, il va vous remercier toute la journée. On a des communes dans lesquelles, les populations souffrent aujourd’hui pour pouvoir avoir de quoi mettre sous la dent. Pendant ce temps, dans notre localité par exemple, des mangues pourrissent. Alors, est-ce qu’on ne pouvait pas faire en sorte que les mangues puissent être facilement convoyables de notre zone à ces zones en difficultés pour, un tant soit peu, soulager des Burkinabè ? Il y a des zones qui sont excédentaires, où pourrissent des denrées alors que d’autres croupissent sous la faim. Dans le même pays. Est-ce normal dans un pays où on met les réflexions au service de l’ensemble des populations, de l’intérêt général ? Les intellectuels du Burkina ont décidé de ne pas réfléchir. On a eu beaucoup d’intellectuels, mais on a refusé de conjuguer nos idées. Si on arrive à transporter des vivres de l’Inde au Burkina, comment se fait-il qu’on n’arrive pas par exemple à transporter des mangues de Toussiana à Kaya et ramener de Kaya des produits que Toussiana n’en a pas ? C’est difficile ça ? Non !

C’est ce qu’on appelle simplement manque de volonté politique et d’initiative. Chacun s’assoit et regarde. L’esprit du Burkinabè est mauvais. Devant Dieu, si tu réussis, que ton voisin souffre, c’est que tu n’as pas réussis. Toi, tu vis dans l’opulence, ton voisin meurt de faim, c’est quelle vie ça ? Même un animal ne peut même pas faire ça, il y a des animaux qui s’épaulent. Or, Dieu a doté la conscience à l’homme pour dompter les animaux. Mais, il se trouve qu’aujourd’hui, il y a des animaux même qui peuvent conseiller des Burkinabè. Et avec ça, ça se dit intellectuel. Il y a des animaux qui peuvent nous éduquer. C’est dommage et ça fait mal. Le Burkinabè est devenu tellement méchant, que Dieu lui-même ne l’aurait pas cru. On veut que l’autre souffre, meurt dans la souffrance pour qu’on sorte rire, pour qu’on soit heureux et à l’aise. C’est quelle vie ça ? Or, la vie n’est qu’un bref passage sur terre ! Aujourd’hui, vivre 100 ans est un exploit. Tu es-là aujourd’hui et demain, tu deviens poussière. Je vous parle parce que le travail que je fais m’a permis de parcourir tout le Burkina de fond en comble…, je sais de quoi je parle. Bref, j’ai vraiment mal.

Voyez-vous, si on ne se ressaisis pas vite, viendra un moment où pour pouvoir désigner un maire au Burkina, ça va être de la mer à boire. Il y aura un moment où pour nommer un ministre, toutes les localités vont réclamer que ce soit un des leurs. C’est dangereux. C’est un signal très mauvais pour le Burkina. Ça a déjà commencé avec le dernier remaniement du gouvernement de Paul Kaba Thiéba, les gens ont crié qu’il n’y a pas de Bobolais dedans. Voyez-vous ?

Lefaso.net : Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

Siaka Ouattara : C’est aussi le comportement de nos ministres. Quand on nomme un ministre, il fait ce qu’on appelle retour chez lui, pour remercier les siens et demander le soutien de ceux-ci. Comme si on l’avait nommé pour cela. Comme si le ministre d’origine de Manga par exemple ne pouvait pas travailler au développement de Toussiana. Ce sont eux qui inculquent cet esprit aux populations et c’est lamentable. Allons à une politique démocratique populaire, là où tout le monde va se retrouver. C’est en ce moment que tout le monde fera confiance aux ministres. Voyez-vous, le ministre, quand on le nomme, a tendance à accumuler les richesses pour aller se faire une popularité au niveau de sa base. Ce qui est vraiment malheureux, ce n’est pas une politique intelligente. Et, qu’ils n’oublient pas qu’on est 18 millions d’habitants, ça veut dire beaucoup de choses. On vote des lois qui ne sont pas appliquées et les textes s’en tassent. Il y a tellement de textes…, que ça entrave parfois l’action de développement sur le terrain. On vote des lois qui ne sont même pas l’émanation des populations. Conséquences : ceux qui peuvent donc apporter leur contribution au développement sont ignorés.

Les gens pensent que le développement, c’est Bobo et Ouaga seulement. C’est dommage et c’est pour cela moi, je félicite votre organe, c’est Dieu qui vous a conduit dans notre commune, sinon je ne vois pas quelle occasion on pouvait avoir pour exprimer ce sentiment dans notre commune, qui nous tient tant. Si nos propos peuvent attirer l’attention de Burkinabè et interpeler des décideurs, gloire à Dieu et c’est tout le souhait. Vous êtes venus ici, pas pour les beaux yeux du maire, ni ceux des populations, mais pour venir écouter ce que les populations de Toussiana, à travers leur conseil municipal, pensent du développement local, de la marche de notre pays et quelle est leur contribution à l’élan de construction nationale. Notre contribution, c’est de demander aux Burkinabè, chacun à son niveau, de revoir son comportement. Sinon, jusque-là, nous comprenons tout de travers. Il y a même des gens qui souhaitent une autre insurrection ; comme on en a fait en 2014 et ça a marché, donc, on se vente et on demande qu’on aille d’insurrection en insurrection. C’est un bon signe ça ? Il faut qu’on se réveille, quand on a posé un pas, qu’il soit bon ou mauvais, on s’assoit et on regarde quelle est la direction qu’on peut prendre ensemble. Moi, en tout cas, je ne suis pas dans la politique politicienne…

Quand la noblesse accompagne la politique, tout le monde est content. Mais au lieu de cela, ce sont des discours démagogiques, on fait espérer le peuple par des promesses qu’on ne peut pas tenir ; ce qui révolte encore plus les populations. On a des hommes intègres et compétents qui meurent au Burkina parce qu’ils ne peuvent pas supporter ce qui se passe aujourd’hui, ils ont eu tellement mal au cœur… Quand Laurent Bado Bado fait ses interventions, les gens banalisent ses propos. Or, c’est un homme de vision, d’anticipation. Il a fait une observation du Burkinabè ; de la capitale au village et a tiré une conclusion. Et quand il dit que le Burkinabè est « mouton », tout le monde s’indigne. Imaginez le Burkinabè d’aujourd’hui et celui de l’ère Thomas Sankara. Si on ne se ressaisi vite pour recadrer la société à travers des valeurs et éduquer nos enfants, c’est au moment où on n’aura plus la force qu’on verra nos enfants se comporter de sorte à exploser notre cœur. Tant on verra des choses qu’on n’aurait jamais voulu voir. On a trop compté sur l’éducation des Blancs. Voilà-nous !

Les Blancs ne nous aiment pas, nous-mêmes on ne s’aime pas. Résultat : on ne sait même plus où on est encore. Vous avez des enfants qui ont de gros portables qu’ils envoient à l’école, pleins de films pornographiques et quand la tête du professeur ne leur plaît pas, ils mettent leur film qu’ils regardent tranquillement. Avec ça, on s’étonne que les enfants tombent enceinte à tout bout de champ. Non ! Il ne faut pas en vouloir aux enseignants, c’est un problème global. Le Burkinabè aime trop condamner vite, sans analyse profonde. Quand un mal est là, on doit faire une analyse, d’abord dans le contexte spécifique et ensuite dans le contexte général. Mais au lieu de cela, un enseignant à enceinter une fille, c’est la fin du monde, ça insulte partout, sur les réseaux sociaux, sur les ondes, etc. Or, le problème, ce sont nos enfants. Quand un enfant est mal né, mal encadré, il devient un problème pour la société.

Lefaso.net : Qu’avez-vous comme message de fin ?

Siaka Ouattara : Je vais féliciter son excellence Roch Kaboré pour son engagement dans un Burkina à population très difficile, tout en priant le Bon Dieu de l’accompagner jour et nuit et qu’il sache que, malgré les difficultés, il y a des gens qui lui font confiance avec son gouvernement. Aussi, qu’il est important pour lui de continuer à faire de la décentralisation, une réalité dans les communes sous son mandat. Merci à nos chefs religieux et traditionnels pour leur rôle de veuille citoyenne, à Dieu leur récompense.

Aussi remercier mon prédécesseur (maire sorti), qui, malgré que des gens ne l’aient pas compris, est aujourd’hui à nos côtés. C’est cela un des motifs de fierté de notre conseil municipal. S’il n’y avait pas cette synergie entre l’équipe sortante et notre équipe, je ne pense pas qu’on ait pu faire certaines réalisations et poser certaines actions ; parce qu’on tire beaucoup de cet esprit d’ouverture de mon prédécesseur. C’est cela aussi qui doit faire la décentralisation parce que, qu’on le veuille ou pas, les maires sortants sont des mines d’informations, ils détiennent la mémoire des communes. Mais, au lieu d’une synergie d’action, quand je vois que dans certaines communes, ancien maire et maire actuel sont des chiens et chats, ça suscite des incompréhensions. Je ne chante pas les louanges de mon prédécesseur, mais ils sont rares, ceux qui ont le même esprit que lui. Quand on a une activité, qu’on l’appelle, tout de suite, il est là (quand son temps le permet). Je pense que beaucoup de communes peuvent s’inspirer de l’exemple de la commune de Toussiana. Merci, une fois de plus, à votre média de nous avoir donné la parole, nous, acteurs des confins du pays, qui n’ont pas l’occasion d’avoir ce genre d’espaces pour présenter notre commune et donner aussi notre point de vue sur les questions de la vie du pays.

Entretien réalisé par Oumar L. Ouédraogo
(oumarpro226@gmail.com)
Lefaso.net

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