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IAM-Bobo : Expulsés, des étudiants réintègrent l’institut

LEFASO.NET

jeudi 13 février 2020

Il y a quelques semaines déjà, l’Institut africain de management (IAM) de Bobo-Dioulasso avait décidé de renvoyer de l’établissement, une cinquantaine d’étudiants. Ces derniers n’avaient pas pris part à l’activité d’immersion au camp Ouezzin-Coulibaly, organisée en décembre 2019. L’Institut avait ainsi décidé de les exclure et de leur rembourser leurs frais d’inscription. Aussi, les boursiers perdaient leurs bourses. Mais suite aux différentes médiations qui ont été menées par les autorités communales, coutumières et religieuses, l’administration a accepté de revenir sur sa décision à condition que ces étudiants fassent l’immersion.

IAM-Bobo : Expulsés, des étudiants réintègrent l’institut

L’immersion, selon le directeur général de l’IAM, Alioune Benga, est une matière au sein de l’institut qui fait partie du portefeuille des cours de l’étudiant. Cette activité est obligatoire et donc prise en compte dans le calcul de la moyenne de passage de l’apprenant. « L’immersion est une activité importante pour l’IAM. C’est une activité qui vise la socialisation des étudiants. La formation de nos étudiants ne se limite pas entre quatre murs. Ce ne sont pas les cours seulement qui forment aujourd’hui l’étudiant. Il y a d’autres aspects qui sont importants et qui se font en dehors des salles de classes. Et l’immersion est l’une de ces activités pour inculquer un certain nombre de valeurs et de comportements à ces étudiants. Elle permet ainsi d’inculquer à nos étudiants la discipline, le civisme ; le respect des aînés, de la hiérarchie et des règles établies. Elle permet aussi aux étudiants de se socialiser et de se faire un bon carnet d’adresses », a-t-il expliqué.

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Alioune Benga, DG IAM

A l’en croire, l’immersion a lieu chaque année dans un camp militaire du pays. Elle concerne les étudiants de la première et deuxième année qui ont d’ailleurs l’obligation d’y aller. Cette activité, qui dure au plus une semaine, vise par ailleurs à mettre sur le marché, des étudiants capables de s’adapter à tous les milieux. « Il faut savoir que l’immersion permet de forger un mental solide au vu des situations et conditions dans lesquelles elle est menée. Elle donne des valeurs de loyauté et de discipline aux étudiants car sans discipline, on ne peut pas réussir. De plus, avec l’immersion, les étudiants vivent des situations qu’ils ne vivent pas au quotidien », a ajouté le DG de l’IAM.

Ce refus des étudiants de participer à l’immersion, qu’il qualifie « d’acte d’indiscipline », démontre une volonté manifeste de ne pas vouloir du tout se conformer aux règles de l’institut. Car il estime que la discipline est la base du savoir que l’IAM inculque « aux leaders de demain ». « Ne pas participer à l’immersion est un acte d’indiscipline. C’est pour cette raison que la direction avait pris la décision de leur restituer la totalité de leurs frais de scolarité afin qu’ils puissent aller s’inscrire ailleurs. La discipline est la base du savoir que nous inculquons aux leaders de demain que nous formons au sein de notre établissement », a-t-il laissé entendre.
Grace à l’intervention des autorités de la ville de Sya, les responsables de l’institut ont accepté le pardon des étudiants mais conditionné par la reprise de l’immersion qu’ils ont « boycottée ».

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Des étudiants qui font le nettoyage

Ces derniers se sont engagés à faire l’immersion. C’est ainsi qu’ils ont effectué leur rentrée au Camp Ouezzin-Coulibaly, le dimanche 26 janvier dernier. Venus d’horizons divers, d’une culture différente, avec des éducations différentes, ces étudiants se sont côtoyés pendant sept jours. Ils ont partagé une semaine de labeur, d’épreuves, pour que chacun puisse découvrir l’autre et surtout développer la tolérance, l’acceptation de l’autre, l’esprit d’équipe et de surpassement. Donc tout un ensemble de comportements qui est aujourd’hui important dans l’exercice des fonctions qui leur seront assignées plus tard.

« A travers l’immersion, nous leur donnons l’opportunité de découvrir la vie, de se mesurer, de se confronter aux difficultés de la vie. Surtout d’apprendre que la vie ne se limite pas à Ouagadougou, parce qu’ils ont laissé leur confort et leurs habitudes qu’ils ont à travers l’alimentation, le vécu, pour vivre une épreuve difficile, mais qui va les forger tout au long de leur vie », a souligné Alioune Benga.

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Serge Daniel Bazié, délégué général adjoint IAM

Il a par ailleurs indiqué que l’une des particularités de l’IAM, c’est l’organisation de l’immersion. « C’est l’une de nos particularités parce que nous sommes l’établissement pionnier à avoir initier cette activité, et nous l’avons rendue pérenne et obligatoire. C’est pour cela nous accordons un intérêt particulier à cette activité », a-t-il insisté.

Les étudiants qui ont pris part à l’immersion ont apprécié cette activité qui, selon eux, va faire d’eux des managers modèles, des managers de référence. « Au cours de cette immersion, nous avons eu beaucoup de formations qui nous ont interpellés à la discipline, à la ponctualité, à la tolérance et surtout au savoir-vivre en société et aussi à l’unité au sein du groupe, de la famille IAM. Nous avons également eu la formation sur le civisme, c’est-à-dire le savoir-vivre en société, les codes de conduite, le respect des valeurs morales, des valeurs patriotes », s’est réjoui Serge Daniel Bazié, étudiant en transport-logistique, délégué général adjoint des étudiants de l’IAM-Bobo.

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Des étudiants qui mangent en groupe

Au nom de ses camarades, il a remercié les premiers responsables de l’administration de l’IAM et les chefs de corps qui les ont encadrés durant leur séjour au camp. « Ils ont été de bons leaders pour nous. Ils nous ont appris beaucoup de choses, sur le plan intellectuel et physique également », a-t-il dit. Selon lui, tout ce qu’ils ont appris au cours de l’immersion va leur servir plus tard dans leur vie quotidienne. « Nous sommes fiers d’avoir participé à l’immersion et dans les jours à venir, nous allons mettre en valeur tout ce que nous avons appris sur le terrain. Et si nous avons d’autres opportunités de ce genre, les étudiants ne vont pas poser de refus face à de telles expériences parce que cette activité est salutaire et louable », a insisté Serge Daniel Bazié.

Alima Guiro est étudiante en deuxième année de finance-comptabilité à l’IAM-Bobo. Embouchant la même trompette que son délégué général adjoint, elle a également salué cette initiative. « L’immersion est une activité vraiment intéressante. Nous avons appris beaucoup de choses et surtout ce que nous ne faisions pas à la maison habituellement. J’ai appris à me réveiller à 4h du matin, à faire du sport, à travailler en équipe et à faire plusieurs autres activités. Nous remercions nos responsables puisqu’ils sont restés avec nous tout au long de l’immersion. Ils nous ont beaucoup soutenus et nous tenons à leur exprimer notre gratitude. Si l’immersion était à reprendre, je n’hésiterais pas à revenir », a-t-elle ajouté.

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Amed Moussa Diallo, PCA IAM

« Pour les questions de discipline au sein de l’IAM, nous sommes exigeants »
Le président du conseil d’administration, Amed Moussa Diallo, qui a pris part à cette activité avec les étudiants, n’a pas manqué de revenir sur le bien-fondé de l’immersion. Selon lui, « l’immersion est une activité qui est pratiquée au sein de l’IAM depuis treize ans maintenant. Son objectif est d’amener nos étudiants dans un milieu difficile, différent de leur confort habituel, pour forger en eux un mental solide, un mental de gagnant. Tout ce que nous faisons, c’est pour leur bien. L’immersion leur apporte de l’humilité, le respect des aînés, de la hiérarchie, des règles. Elle permet surtout de se créer un réseau d’amis qui servira plus tard à ouvrir de nombreuses portes », a-t-il rappelé.

Par ailleurs, il est revenu sur les raisons pour lesquelles l’administration de l’IAM avait décidé de renvoyer des étudiants de la deuxième promotion. « Pour la 13e fois, l’Institut africain de management a décidé d’organiser l’immersion cette année. Nous avons ainsi envoyé plus de 700 étudiants de Ouagadougou au camp militaire de Bobo-Dioulasso pour faire une immersion. Mais, il s’est trouvé que certains étudiants de IAM Bobo-Dioulasso ont refusé d’y participer sans raison valable, alors que l’immersion est une matière à part entière à l’IAM. 

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Les étudiants effectuent leur rentrée au camp Ouézzin Coulibaly

Mieux, c’est une matière obligatoire qui doit être faite en première et en deuxième année, sans compensation possible. Mais elle n’est pas obligatoire pour ceux qui ont un problème de santé. Pour justifier leur refus, ces étudiants ont juste dit qu’ils pensaient que l’immersion n’était pas obligatoire. Pourtant, ils avaient déjà confirmé leur participation avec le directeur général.

Nous avons confectionné et envoyé à Bobo des tee-shirts pour tous les étudiants qui devaient y prendre part en vue de leur permettre de nous attendre au camp de Bobo-Dioulasso en uniforme. Le jour de l’arrivée des étudiants de Ouagadougou, nous pensions qu’ils allaient être avec nous au camp. Nous avons préparé à manger et mis toute la logistique en place, mais ils ne se sont pas présentés », a déploré M. Diallo.

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Rassemblement des étudiants à 2heures du matin

Avant d’ajouter : « Il ne s’agit pas d’une non-participation mais d’un boycott, d’autant plus que le directeur de IAM-Bobo nous avait fait part de la réticence de certains étudiants de deuxième année, à deux jours de l’immersion. Le directeur général, M. Benga, les a appelés individuellement au téléphone. Malgré cela, ils ne sont pas venus à l’immersion. Quand nous sommes arrivés à Bobo et que nous avons constaté leur absence, le DG a encore pris son téléphone pour les appeler individuellement. Mais, ils ont refusé de venir. Ils pensaient qu’on allait tolérer de tels écarts de comportement déjà qu’ils n’avaient pas participé à l’immersion l’année dernière sans aucune raison valable. Il faut savoir que l’étudiant a l’obligation de faire deux fois l’immersion dans son cursus. Maintenant, si vous ne faites pas l’immersion en première année et en deuxième année, il ne reste plus que la troisième année. Mieux, ces étudiants ont refusé d’aller à l’immersion l’année dernière et en pleine année scolaire, ils sont allés en Côte d’Ivoire au nom de l’IAM, malgré le refus de l’administration. Imaginez qu’un souci leur arrive en Côte d’Ivoire. Vers qui les parents vont-ils se retourner ? ».

Selon lui, après ces « actes d’indiscipline », il fallait sonner la fin de la récréation. « Nous avions fermé la promotion des deuxièmes années à l’IAM-Bobo parce que nous ne pouvons pas concevoir que sur deux années consécutives, des étudiants, sans aucune raison objective, refusent de participer à l’immersion alors qu’ils savent très bien que c’est une matière obligatoire de coefficient 2 », a-t-il souligné.

Il a par ailleurs rappelé que l’administration de l’IAM octroie, chaque année, 15 millions de F CFA en bourses, par l’intermédiaire de la mairie, à dix étudiants de Bobo-Dioulasso. Aussi, chacun des étudiants de IAM-Bobo est subventionné à hauteur de 195 000 F CFA par an. « Avec tous ces sacrifices, nous attendons au moins le respect de nos étudiants et nous pensons que les étudiants ont retenu la leçon », a-t-il conclu.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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