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Arrondissement 7 de Bobo-Dioulasso : Les habitants du quartier non loti de Belleville dénoncent « un abus de pouvoir » du maire Herman Sirima

LEFASO.NET

mercredi 6 mai 2020

Les habitants du quartier « Sonsoribougou » (le non loti de Belleville), verront leurs habitats détruits dans les jours à venir. 15 mai 2020, c’est la date butoir que le maire de l’arrondissement 7 de Bobo-Dioulasso, Herman Sirima, leur donne pour déguerpir des lieux. Ainsi, à travers une conférence de presse tenue dans la matinée de ce mercredi 6 mai 2020, ces populations ont qualifié cette décision du maire d’un « abus de pouvoir ».

Arrondissement 7 de Bobo-Dioulasso : Les habitants du quartier non loti de Belleville dénoncent « un abus de pouvoir » du maire Herman Sirima

Depuis quelques temps déjà, un problème foncier oppose le maire de l’arrondissement 7 de la commune de Bobo-Dioulasso à ses populations, installées dans le quartier non loti de Belleville. En effet, dès leur arrivé à la tête de la mairie, Herman Sirima et ses proches collaborateurs ont initié une opération de déguerpissement dans les quartiers périphériques de l’arrondissement 7, notamment dans les quartiers non lotis de Belleville. Cette situation a entrainé des tollés au sein de la population.

Ce mercredi 6 mai 2020, les populations concernées par le prochain déguerpissement ont fait appel aux journalistes de la ville de Sya, pour exprimer leur inquiétude et leur mécontentent. A travers cette conférence de presse, elles veulent prendre l’opinion publique à témoin. Selon ces manifestants, cette opération de déguerpissement est « un abus de pouvoir » du maire Sirima, « surtout dans ce contexte de Covid-19 ».

Pour le porte-parole des manifestants, Abdoul Karim Ouédraogo, cette prise de décision du maire est arbitraire. Car ce dernier aurait refusé tout dialogue avec ses populations. C’est pourquoi, au cours de cette rencontre avec les journalistes, ces habitants ont demandé la clémence du maire, car ils estiment que le délai du 15 mai est « très court ».

Par ailleurs, ils ont souhaité un accompagnement des autorités de l’arrondissement 7, afin de pouvoir déguerpir des lieux. « Nous n’avons pas la force pour faire face aux autorités. C’est pourquoi, nous leur demandons de nous comprendre surtout dans ce contexte de Covid-19. Si nous quittons ici, nous ne savons pas où est-ce-que nous allons aller. Nous souhaitons que le maire revoie le délai du 15 mai et puis, qu’il nous accompagne avec un minimum », a laissé entendre le porte-parole des habitants, Abdoul Karim Ouédraogo.

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Les habitats du quartier non loti de Belleville

Entre la peur et l’inquiétude, ils disent ne pas savoir à quel saint se vouer. Pour certains, c’est l’économie de toute une vie qui partirait sous des bulldozers, et pour d’autres, c’est tout leur espoir qui s’effondrait. Cependant, ils reconnaissent n’avoir pas de documents légaux qui les autorisent à s’installer dans cette zone.

« C’est à cause de la pauvreté que nous nous sommes retrouvés ici. Sinon nous souhaitons tous vivre dans des villas de luxe. Et c’est depuis 2016 que certains se sont retrouvés dans cette zone. Nous avons payé nos espaces avec des propriétaires terriens. Quand le maire a commencé son opération de déguerpissement, nous avons interdit aux gens de construire encore. Les gens ne travaillent plus aujourd’hui à cause de la maladie ; et comment nous allons faire pour avoir de l’argent pour louer une maison. On devrait penser aux personnes démunies. C’est pourquoi, nous disons que c’est un abus de pouvoir car le maire ne nous a pas évoqué une raison valable pour vouloir nous déguerpir », a-t-il ajouté.

A l’en croire, environ 145 personnes vivent dans cette zone de non loti en plus de 38 autres personnes déplacées qui se sont ajoutées ces derniers temps.

Les autorités de l’arrondissement 7 apportent des éclaircissements

Suite à cette conférence de presse des habitants du quartier non loti de Belleville, nous avons rencontré les autorités de l’arrondissement 7 de la commune de Bobo-Dioulasso, pour en savoir davantage. A l’absence du maire dudit arrondissement, Herman Sirima, nous avons été reçus par son directeur de cabinet et le secrétaire général de la mairie.

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Le secrétaire général de la mairie de l’arrondissement 7, Etienne Bako

Pour ce dernier, Etienne Bako, le processus de déguerpissement au sein de l’arrondissement 7 a commencé depuis décembre 2018, avec une première opération qui a eu lieu précisément le 3 décembre de la même année. A l’en croire, c’est suite à cette première opération que certaines populations se seraient réinstallées dans une autre zone voisine.

Il a par ailleurs souligné que des campagnes de sensibilisations ont d’abord été initiées par les autorités de l’arrondissement au profit des habitants des quartiers non loti. «  Du point de vue de la loi, les habitats spontanés sont interdits. Ils savent très bien qu’il est formellement interdit à toutes personnes physiques ou morales, d’occuper un terrain sans un titre légal. Ces personnes n’ont pas de documents légaux qui les autorisent à habiter dans cette zone. Pire encore, la zone occupée par ces populations, dans le plan d’occupation de la commune de Bobo-Dioulasso, est une zone de conservation. C’est une zone qui ne peut pas faire l’objet d’un aménagement dans le but d’installer des gens qui vont construire des maisons à usage d’habitation. Ce n’est pas possible », a indiqué Etienne Bako, secrétaire général de la mairie de l’arrondissement 7.

Il a par ailleurs souligné que c’est tout récemment que la mairie a découvert ces habitants installés illégalement dans cette zone. « En réalité, ces personnes se sont installées dans cette zone ça ne dépasse pas cinq ou six mois. C’est tout récemment qu’on les a découverts là-bas. Ils disent qu’ils sont là depuis 2016, c’est faux. Les documents sont là. En 2016, il n’y avait personne dans cette zone », conteste le SG Etienne Bako.

Selon lui, le déguerpissement devrait avoir lieu cette semaine. Mais après négociation, le maire leur a accordé jusqu’au 15 mai pour trouver un point de chute avant l’opération. Il a aussi ajouté qu’il serait difficile d’accompagner ces déguerpis car ils ne présentent aucun document légal.

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Les journalistes présents à la conférence

« S’ils avaient des parcelles attribuées par la mairie, là, il est de notre devoir de les dédommager. Mais ils sont allés traiter avec les propriétaires terriens. Et la portion de terre sur laquelle ils se sont installés ne dépasse pas un demi hectare. Techniquement quand on veut faire un aménagement, sur un hectare qui fait dix mille mètres carrés, on ne peut pas utiliser plus de 55% pour dégager des parcelles à usage d’habitation. Mathématiquement sur un hectare, on ne peut pas avoir plus de vingt-cinq parcelles. Imaginons 60 personnes qui sont sur moins d’un hectare. Nous allons trouver l’espace où, pour des parcelles qui sont d’au moins 240 mètres carrés ? », s’est-il interrogé.

Avant d’ajouter : « Avec l’apurement du passif, nous sommes avec un passif de pas moins de 2000 cas à gérer. C’est-à-dire qu’il faut trouver plus de 2000 parcelles pour reloger ceux qui sont dans les difficultés. Donc il faut d’abord trouver des solutions à ce problème. Il faut aussi que les gens sachent qu’on ne doit pas continuer à créer des zones non loties. Tu occupes 50 mètres carrés et tu t’attends à ce qu’on te donne 200 mètres carrés. On ne peut pas laisser les gens continuer à créer une situation illégale et vouloir plus tard mettre l’autorité devant le fait accompli et l’obliger à légaliser cette situation », a-t-il conclu.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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