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Lâcher de moustiques génétiquement modifiés à Bana : Deux ans après, le projet note des résultats satisfaisants, selon les initiateurs

LEFASO.NET

lundi 31 mai 2021

Le lundi 1er juillet 2019, l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS), à travers son projet Target Malaria, procédait au lâcher de moustiques mâles stériles génétiquement modifiés. C’était dans le village de Bana, situé à 25 km de Bobo-Dioulasso (Bana est l’un des villages rattachés à l’arrondissement 7 de la commune de Bobo-Dioulasso). Depuis lors, plusieurs organisations de la société civile ont manifesté contre ce projet. Deux années après, l’investigateur principal dudit projet, Dr Abdoulaye Diabaté, note une satisfaction au vu des résultats obtenus sur le terrain.

Lâcher de moustiques génétiquement modifiés à Bana : Deux ans après, le projet note des résultats satisfaisants, selon les initiateurs

Le projet Target Malaria a pendant longtemps fait couler beaucoup d’encre et de salive au Burkina Faso. En effet, plusieurs Organisations de la société civile (OSC) ont exprimé leur refus de voir ce projet se poursuivre. Ces OSC craignent qu’avec les manipulations de moustiques génétiquement modifiés, le Burkina ne soit le prochain foyer d’expansion de pathogènes.

Deux ans après le lâcher de moustiques génétiquement modifiés dans le village de Bana, le coordinateur principal du projet, Dr Abdoulaye Diabaté, se réjouit des résultats obtenus sur le terrain. Aussi, il rassure qu’aucun incident n’a été notifié au sein des communautés. « Nous avons développé la technologie, lâché les moustiques, et nous avons fait le suivi également. Je peux dire, à la date d’aujourd’hui, que le lâcher n’a eu aucun impact négatif sur la santé des populations, ni sur la densité de moustiques et encore moins sur l’augmentation des cas de paludisme ou toute autre maladie qui pourrait survenir dans le village », a dressé Dr Abdoulaye Diabaté.

Il a aussi contredit ceux qui avancent que le lâcher de ces moustiques a provoqué la dengue. Selon lui, bien avant que Target Malaria ne commence à travailler sur ces moustiques, des cas de dengue étaient déjà signalés au Burkina Faso. Dr Abdoulaye Diabaté a expliqué que la maladie de la dengue est différente de celle du paludisme. « Le palu-dengue est un terme qui n’existe pas. La dengue et le paludisme ne sont pas deux maladies combinées et les moustiques qui sont responsables de leur transmission sont d’espèces complétement différentes, qui ne peuvent pas s’accoupler.

Nous ne travaillons pas avec l’Aedes qui transmet la dengue. Nous travaillons avec l’anophèle qui transmet le paludisme et ce sont ces moustiques que nous avons lâchés. Donc tous ceux qui pensent que la dengue a augmenté en proportion après ce lâcher, ce sont des choses qui n’ont pas de sens », s’est-il indigné.

A l’en croire, toutes les étapes du projet ont été expliquées aux communautés et il n’y a jamais eu de signes de mécontentement ou de refus de poursuivre les activités de Target Malaria. Il a rappelé cependant qu’après le lâcher, un audit environnemental a été commandité par le ministère en charge de l’Environnement, et le document final a été transmis à qui de droit.

Les objectifs du projet sont atteints avec des résultats satisfaisants

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Le projet n’a eu aucun impact négatif sur la santé des populations, selon Dr Diabaté.

Target Malaria, selon ses initiateurs, est une recherche responsable contre le paludisme. C’est un projet de recherche à but non-lucratif qui vise à développer et partager des technologies génétiques nouvelles, durables et économiques, visant à modifier les moustiques vecteurs de paludisme. Ce, dans le but de réduire la transmission de la maladie. Le projet est structuré en trois étapes. Pour la première étape, les équipes de l’IRSS ont d’abord étudié en milieu confiné, les caractéristiques et les comportements des moustiques anophèles dont les mâles sont fonctionnellement stériles et donc auto-limitatifs. Leur stérilité est induite par une modification génétique, ne pouvant être transmise à la génération suivante puisqu’ils sont stériles.

Ainsi, après avoir reçu en août 2018 l’approbation de l’Agence nationale de biosécurité du Burkina Faso, le projet a procédé, le 1er juillet 2019, à un lâcher à petite échelle de moustiques mâles stériles génétiquement modifiés dans le village de Bana, un des sites d’étude du projet.

« Après le lâcher, nous avons fait le monitoring successivement pendant 20 jours et par la suite, nous le faisons régulièrement chaque mois jusqu’à six mois. A la date d’aujourd’hui, nous avons rassemblé toutes les données et nous avons fait un rapport détaillé sur le lâcher que nous avons remis à l’Agence nationale de biosécurité. Puis, nous avons informé toutes les parties prenantes avec lesquelles nous travaillons ; que ça soit au niveau gouvernemental ou au niveau du secteur public ou privé, nous les avons tous informés de ce qui a été fait et les résultats que nous avons obtenus », a indiqué Dr Diabaté.

Il a par ailleurs affirmé que l’objectif de ce lâcher n’était pas d’avoir un impact sur le paludisme, pour la simple raison que le projet est d’abord dans un processus de développement de cette nouvelle technologie. L’objectif de cette première étape du projet était de recueillir, une fois le lâcher fait, le maximum d’informations scientifiques qui pouvaient aider à informer les autres étapes suivantes du projet.

Ces informations portaient notamment sur la participation de ces moustiques génétiquement modifiés aux essaims (lieux de production des moustiques), leur durée de vie et leur vol de dispersion (la distance parcourue par ces moustiques).
Les résultats montrent clairement que des moustiques modifiés ont été recapturés dans les essaims, prouvant qu’ils peuvent participer aux activités d’essaimage de manière identique aux moustiques sauvages.

Aussi, ces moustiques ont été recapturés dans les habitations, prouvant qu’ils peuvent se comporter comme les moustiques sauvages dans l’environnement. Les distances de vol et la dispersion des moustiques modifiés ont été enregistrées. Les résultats donnent une distance moyenne de 136,80 mètres du point de lâcher, c’est-à-dire une distance très limitée.

Aussi, leur longévité a été mesurée. Les moustiques modifiés n’ont pas survécu aussi longtemps que leurs comparateurs non-modifiés. Les analyses moléculaires des échantillons de moustiques collectés lors de la surveillance quotidienne de 20 jours n’ont pas identifié de moustiques modifiés après le 11e jour de recapture. En outre, au cours des sept mois de surveillance régulière après le lâcher, aucun moustique modifié n’a été détecté lors des analyses moléculaires des échantillons de moustiques collectés sur le site du lâcher ; ce qui montre que les moustiques modifiés n’ont pas persisté dans l’environnement.

« Tous ces paramètres que nous avons regardés montrent clairement que les objectifs que nous nous sommes fixé en faisant ce lâcher ont été pleinement atteints (…). Cette étape nous a permis de collecter des informations pour développer au mieux les prochaines phases du projet », s’est réjoui Dr Abdoulaye Diabaté.

Prochaine étape, le mâle biaisé auto-limitatif

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« Nous voulons prendre avantage des nouvelles technologies dans le domaine de la biotechnologie moderne », Dr Abdoulaye Diabaté.

Ainsi, l’équipe de Target Malaria vient d’entamer la prochaine phase du projet à savoir le mâle biaisé auto-limitatif. En effet, il s’agit d’un moustique mâle génétiquement modifié et fertile, qui produit une progéniture à prédominance mâle quand il s’accouple avec des femelles de type sauvage. La modification est transmise à la moitié de la progéniture, et cette modification disparaîtra progressivement au bout d’un certain temps.

« Cela veut dire que ces moustiques génétiquement modifiés, une fois qu’ils s’accouplent avec les femelles, ces femelles peuvent avoir de la progéniture et presque toute cette progéniture sera constituée de mâles. Cela a un intérêt particulier en ce sens que les mâles ne piquent pas, donc ne transmettent aucune maladie. Si tous les moustiques deviennent des mâles, cela veut dire que la chaine de transmission du paludisme sera coupée », a-t-il expliqué.

Selon le Dr Diabaté, la recherche est encore à un stade précoce, et bien que les résultats jusqu’ici soient prometteurs, il reste un chemin important à parcourir. Une fois finalisée, cette technologie sera mise à la disposition des gouvernements des pays affectés par le paludisme, sans frais de licence. L’intention du projet est de bâtir un environnement de dialogue, de confiance et de partage avec les communautés, la société civile et toutes les parties prenantes sur les avancées scientifiques.


Lire aussi Lâcher de moustiques génétiquement modifiés à Bana : « Un projet innovant » de lutte contre le paludisme, selon l’IRSS


Cette phase va permettre également d’étudier le comportement des moustiques, d’avoir l’ensemble des paramètres scientifiques nécessaires pour informer l’étape finale du projet. A ce jour, le dossier pour la poursuite de la deuxième phase du projet a été soumis à l’Agence nationale de biosécurité, qui est en train de procéder à son évaluation.

C’est avec satisfaction que l’investigateur principal du projet a noté les grands chantiers de recherche de son institut qu’est l’IRSS. Selon lui, en plus de Target Malaria, l’IRSS de Nanoro a pu développer un vaccin contre le paludisme, qui a eu de « très bons résultats en phase 2 ».

Le paludisme est pluriel et les solutions doivent être plurielles

Le paludisme est un fardeau économique et un poids pour le système de santé publique au Burkina Faso. Selon des statistiques, 100% de la population burkinabè est exposée aux risques de cette maladie. On note plus de 11 millions de cas et plus de 5 000 décès liés au paludisme en 2019 au Burkina Faso. De nombreuses actions et recherches existent pour lutter contre le paludisme et ont contribué, au cours de la dernière décennie, à réduire les cas de paludisme, mais le nombre de cas et le taux de mortalité restent élevés.

« Au Burkina Faso, malgré tous les efforts qui ont été consentis pour lutter contre le paludisme, on se rend compte que nous sommes presqu’en stagnation (…). Le problème est lié au fait que les outils conventionnels de lutte antivectorielle que nous avons à notre disposition semblent avoir atteint leur limite fondamentale protectrice. Donc c’est extrêmement important de penser à des outils alternatifs ou complémentaires qu’on peut mettre à disposition pour pouvoir lutter contre le paludisme au Burkina Faso », a dit Dr Diabaté.

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« Il faut que les populations fassent confiance à leurs chercheurs », invite Dr Diabaté.

C’est ainsi que l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS), à travers son équipe de recherche, participe au projet Target Malaria. Ce projet va ainsi contribuer à l’élimination du paludisme d’ici 2030, comme préconisé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le projet de recherche est présent au Burkina Faso depuis 2012, date à laquelle l’IRSS a joint les autres institutions internationales de recherche membres de Target Malaria. Le projet rassemble des institutions d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Afrique. Le projet travaille actuellement dans quatre pays en Afrique : le Burkina Faso, le Mali, le Ghana et l’Ouganda.

« A travers ce projet, nous voulons prendre avantage des nouvelles technologies dans le domaine de la biotechnologie moderne pour développer des outils essentiellement sur le moustique lui-même. Nous voulons transformer le moustique de manière à ce qu’il devienne une arme pour lutter contre les autres moustiques. Le paludisme est nécessairement lié à ces moustiques et si nous arrivons par cette méthode à réduire de façon drastique la densité des moustiques sur le terrain ; donc pas de moustiques, pas de paludisme », a expliqué Dr Diabaté Abdoulaye.


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Le coordinateur du projet a tenu à rassurer les populations que ledit projet n’aura pas d’impacts négatifs sur la santé des populations burkinabè. « Lorsqu’on parle d’organismes génétiquement modifiés, souvent il y a des craintes. Je peux dire que toutes les garanties sont mises en place, à la fois au niveau de l’Agence nationale de biosécurité et au niveau même africain avec l’Union africaine, pour permettre aux Africains, une fois que cette technologie est prête, qu’elle puisse être utilisée dans les meilleures conditions de sécurité possibles. J’invite toutes les communautés à avoir confiance en leurs chercheurs et de nous laisser le temps de travailler. Le jour où nous aurons un produit final, c’est que nous avons également pris le temps de regarder toutes les questions liées aux risques. C’est après satisfaction que nous allons nous autoriser à aller sur le terrain pour le lâcher », a conclu Dr Abdoulaye Diabaté.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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