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Dégradation de la route Bobo-Dioulasso-Orodara : Un « véritable calvaire » pour les usagers

dimanche 24 avril 2022

« Quand il pleut, il vaut mieux être en pirogue sur la route Bobo-Dioulasso-Orodara que dans des véhicules », a déploré un chauffeur de camion poids lourd qui dépeint ainsi le calvaire que vivent les usagers de cette route nationale n°8. En effet, de Bobo-Dioulasso à Orodara, la voie est impraticable et les transporteurs ne cachent pas leur désolation. Un voyage à moto nous a permis ainsi de constater l’état de dégradation de ce tronçon.

Dégradation de la route Bobo-Dioulasso-Orodara : Un « véritable calvaire » pour les usagers

Au Burkina Faso, une partie du réseau routier ne cesse de se dégrader au grand dam des usagers. Sur la route nationale numéro n°8 (RN8), ainsi que sur d’autres grandes voies du pays, le constat est le même : les routes sont à l’agonie. Notre équipe de reporters a fait le trajet Bobo-Dioulasso-Orodara. Le constat est que cette route souffre ces dernières années de graves dégradations qui sont encore beaucoup marquées pendant la saison de pluies. Pour les usagers, l’état de cette route est une « vraie déception ».

Dans la matinée du mardi 19 avril 2022, c’est l’effervescence à la gare routière de Bobo-Orodara. Ce matin-là, les commerçants et passagers se pressent au pied des bus, le seul moyen pour certains pour acheminer leurs marchandises à Orodara. Abdramane Kaboré est l’un des transporteurs qui emprunte cette voie dégradée au quotidien.

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L’état de la route Bobo-Dioulasso-Orodara laisse à désirer

Pour lui, le chargement des colis se fait au millimètre près car de la place perdue, c’est une perte d’argent. Mr Kaboré pratique cette voie depuis déjà dix ans. Selon lui, parcourir les 76 kilomètres qui séparent Bobo-Dioulasso de la ville de Orodara est un véritable parcours du combattant.

Le trajet entre les deux villes qui s’effectuait auparavant en moins de deux heures de temps, en voiture, s’effectue aujourd’hui en quatre heures, voire plus, à cause de l’état de dégradation de la voie. « Aller à Orodara est devenu un véritable calvaire pour nous les usagers. Cette route est en dégradation continue aujourd’hui. Non seulement elle est fatigante, mais aussi ce trajet est stressant et énervant pour nous qui suivons régulièrement cette route. Difficile pour nous de respecter le code de la route sur cette voie et cela cause de nombreux accidents », s’indigne Abdramane Kaboré.

La dégradation avancée de cette voie cause des pannes préjudiciables aux usagers

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Des crevasses et des trous apparus sur les chaussées, rendant ainsi difficile l’avancée

Il est 10h23mn lorsque nous décidons d’emprunter cette voie qui mérite le surnom de « casse-reins ». Et c’est partie pour « un voyage pénible, fatiguant et même triste », au regard de l’état de dégradation de cette route. Notre calvaire commence très vite, juste au pied du mur de l’aéroport, avant même la sortie de la ville. La vitesse de la moto tombe de 50 km/heure à 5 km/heure. La dure épreuve commence ainsi juste à l’entrée de Samagan, village rattaché à l’arrondissement 6 de la commune de Bobo-Dioulasso. Sur cette route en état de dégradation, la prudence est de mise pour les usagers.

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Le trajet Bobo-Orodara cause beaucoup de dégât à nos véhicules, déplore Moussa Naon

Moussa Naon est conducteur de camion Ben. Il fait le trajet Bobo-Orodara depuis plus de dix ans maintenant. Pour lui, voyager sur cette route est devenu depuis quelques années, une acrobatie pour les voyageurs et conducteurs. Sur une route avec un tel aspect, tantôt on roule à gauche, tantôt à droite. Tous les côtés sont bons pour éviter un tant soit peu les obstacles. Souvent l’on se retrouve nez à nez avec un autre usager qui s’adonne au même manège. « L’état de cette route ne permet pas aux conducteurs de maximiser la vitesse ce qui allongent le temps de transport. Des crevasses et des trous sont apparus sur les chaussées, rendant ainsi difficile l’avancée. Cela cause beaucoup de dégâts à nos véhicules, surtout aux amortisseurs et aux pneus », déplore Moussa Naon.

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Lamoussa Traoré annonce les futures actions des conducteurs pour exiger la réhabilitation de cette route nationale

Plus loin, nous rencontrons Lamoussa Traoré, un autre conducteur de camion remorque qui tente difficilement de manœuvrer son engin, en essayant de passer par le bas-côté de la route. Et avec beaucoup plus de prudence, il y arrive. Tous les conducteurs empruntant en permanence ce tronçon affirment qu’après trois ou quatre voyages, ils sont obligés de faire l’entretien de leur véhicule. « Nous souffrons beaucoup du manque de routes dans notre pays. Et quand elles existent, leur qualité laisse à désirer. Cette voie n’est pas du tout en bon état et cela nous fatigue beaucoup, surtout avec les nombreuses pannes que nous subissons. Elle devient impraticable pendant la saison des pluies », lance Lamoussa Traoré le visage grave.

C’est auprès de lui que nous apprenons que les conducteurs sont en concertation depuis déjà quelques temps afin de mener des actions pour exiger la réhabilitation de cette voie. Car, dit-il, « il n’est pas normal que nous continuons à payer des taxes sur cette voie dégradée. Si l’autorité veut qu’on continue à les payer, il va falloir qu’elle arrange aussi la route. Cela fait des années que nous payons mais il n’y a pas d’amélioration sur cette route », a-t-il déploré.

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Lire aussi Réhabilitation de la route Bobo-Orodara-Frontière du Mali : Le lancement des travaux prévu pour 2020

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Aller à Orodara est devenu un véritable calvaire pour nous Mariam Barro

Pour Mariam Barro qui vient de vivre l’expérience du trajet Orodara-Bobo, cette route mérite d’être réhabilitée. « Actuellement tout mon corps me fait mal surtout au niveau des reins. Il y a trop de trous sur cette voie et cela nous fatigue beaucoup, nous les personnes âgées. Lorsque tu veux voyager, tu as peur de prendre cette route. Souvent on peut quitter la voie pour rouler sur le bas-côté sur une distance de plus d’un kilomètre. C’est pourquoi nous demandons aux premiers responsables du pays de revoir l’état de cette route. S’ils arrivent à la bitumer, cela nous fera plaisir, et cela va alléger nos souffrances », indique Mariam Barro.

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La voie devient encore impraticable en période de pluies

Ce n’est pas Siaka Traoré qui dira le contraire. « Chaque fois que tu empruntes cette voie avec ta moto, à ton arrivée, c’est avec un cœur serré que tu découvriras les dégâts. Aujourd’hui, j’ai fait transporter ma moto dans le bus et à l’heure actuelle, elle est endommagée. Ce n’est pas vraiment facile. Si l’autorité pouvait nous aider à réhabiliter cette voie, parce qu’il y a trop de pertes sur ce trajet », fait-il savoir.

Il est devenu une coutume de voir sur les bas-côtés de cette voie, des camions piégés dans des trous ou encore des véhicules en panne. Ainsi, après plus d’une heure de trajet, nous sommes à l’entrée du village de Badara, à environ 45km de Bobo-Dioulasso. Là, nous rencontrons ce conducteur de camion remorque qui fait la navette entre le Mali et le Burkina Faso. Bloqué à cet endroit depuis plusieurs jours, ce camion a subi les dommages de la RN8.

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Souleymane Barro appelle les autorités du pays à faire face aux inquiétudes de la population

« L’état de cette voie est vraiment déplorable et il faut négocier à chaque fois pour arriver à destination. De Bobo-Dioulasso jusqu’à la frontière du Mali il n’y a pas de bonne voie. Ce n’est pas facile. Lorsqu’on te dit que tu parts à Bobo-Dioulasso, toi-même tu as peur parce qu’il n’y a pas de voie. Au niveau du Mali ça va. Mais une fois que tu quittes le territoire du Mali, tu commences à emprunter la voie dégradée jusqu’à Bobo-Dioulasso et une fois chargé, c’est la même acrobatie pour le retour. D’ailleurs tu ne peux pas quitter Bobo-Dioulasso pour Orodara sans voir des camions maliens en panne stationnés. Avant d’arriver ici, nous avons perdu un pneu à cause de l’état de la voie », témoigne ce conducteur malien, M. Coulibaly. Pour lui une route dégradée diminue la durée de vie des véhicules, en d’autres termes accélère son amortissement.

Pour sa part, Souleymane Barro appelle les autorités du pays à faire face aux inquiétudes de la population pour éviter leurs souffrances, surtout que cette voie joue un rôle clé dans l’économie du pays à travers les importations et exportations des produits essentiels. « Sur toute la ligne, la voie est devenue impraticable et la situation s’aggrave en période de pluies. Les habitants verront enlever les épines de leurs pieds si ce tronçon est bitumé », lance Souleymane Barro.

Les usagers attendent la réhabilitation de cette voie

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Mr Coulibaly est un conducteur malien qui fait la navette entre le Mali et le Burkina

La route nationale 8 est une route du Burkina Faso allant de Bobo-Dioulasso à Koloko, vers la frontière malienne. Longue de 130 km, elle a été bitumée à la fin des années 90. Aujourd’hui, cette voie est dans un état de dégradation avancée. Ce qui a amené les autorités du pays à se pencher sur la question de sa réhabilitation.

Etant une route communautaire, l’UEMOA s’est engagée à financer sa réhabilitation. Une étude a donc été commanditée par le gouvernement. Selon un article publié par l’Agence d’information du Burkina, le document référentiel qui devrait servir de guide pour la réhabilitation de cette route Bobo-Dioulasso-Orodara-frontière du Mali a été validé le 13 février 2019 par les différents acteurs et le coût des travaux s’élève à 88 milliards de FCFA.

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Ce camion malien stationné a subi les dommages de la RN8

Après les études sur la réhabilitation de cette route, le début des travaux étaient annoncés pour 2020. Mais cette promesse reste encore en état de projet sans explications de la part des autorités pour qui sa réhabilitation va permettre d’accroitre les échanges entre les localités à haute potentialité agricole et pastorale et le reste du pays. Classée voie communautaire (CU2A) par l’UEMOA, l’importance économique de cette route n’est plus à démontrer au plan national et pour la région des Hauts-Bassins à travers les activités agro-sylvo-pastorales.

Les travaux de réhabilitation sont censés faire des 130 km concernés, une piste à la fois praticable et durable, avec des réalisations annexes dans les villes de Orodara et de Koloko. En attendant le début des travaux, cet axe continue de faire souffrir ceux qui l’empruntent de jour comme de nuit. Il est donc temps que le ministère en charge des infrastructures donne un coup d’accélérateur sur le projet, afin d’amoindrir la souffrance des usagers de ce tronçon. La balle est désormais dans le camp des autorités, les organisations non gouvernementales, les partenaires et tous les bailleurs de fonds pour bitumer cette route, afin de booster le développement local.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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